Illustration, cartes et affiches, carnets, formats et impression

Le papier décide plus que le dessin

Une même illustration ne raconte pas la même chose tirée sur un offset lisse en 170 grammes ou sur un papier de création en 300 grammes passé trois fois sous un tambour de risographie. Ce média s'occupe de cette moitié invisible du travail illustré : la géométrie des formats normalisés, le comportement des grammages, ce que chaque procédé d'impression sait faire et ce qu'il refuse, et la culture visuelle dont sortent la planche botanique, la carte de ville et le carnet de voyage.

Comprendre les formats
Bleu de cobalt Rouge fluorescent Vert bouteille Jaune de Naples Noir de carbone
Planche imprimée en cours de calage sur un plan de travail d'atelier, avec repères et feuilles empilées

Un média sur le geste imprimé, pas un catalogue

Les images illustrées circulent aujourd’hui à plat, sur des écrans calibrés différemment les uns des autres. Le papier, lui, impose ses contraintes : une surface qui absorbe, une fibre orientée, une opacité mesurable, une tenue au pliage. Ces contraintes font partie du dessin autant que le trait.

Ce site décrit les procédés et les formats sans rien vendre. Il explique pourquoi un grammage de 250 change la perception d’une affiche, comment se déduisent les dimensions de la série A à partir d’un simple rapport géométrique, ce que la risographie apporte de granuleux et pourquoi elle exclut certains aplats, ou encore comment une carte de ville transforme une géographie réelle en composition lisible.

Les fourchettes de prix citées ici sont des ordres de grandeur de marché relevés chez des imprimeurs et des encadreurs, destinés à situer un budget avant de demander un devis, jamais à faire office de tarif.

La série A, du grand format à la carte de poche

Chaque format de la série A se déduit du précédent en pliant le grand côté en deux. La surface est divisée par deux à chaque passage, et les proportions restent identiques : c'est cette propriété qui rend la série si commode à l'atelier.

A1
A2
A3
A4
A5
A6
  1. A1

    Dimensions594 x 841 mm

    Le format d'affichage urbain et d'exposition. Une illustration tirée en A1 se regarde à trois mètres autant qu'à cinquante centimètres, ce qui suppose une composition qui tient à deux distances de lecture. Le transport et l'encadrement deviennent à ce stade des postes de budget comparables au tirage lui-même.

  2. A2

    Dimensions420 x 594 mm

    Le grand format domestique, celui qui occupe un pan de mur sans l'écraser. Il tolère des aplats larges et des zones de respiration, et reste manipulable seul pour la mise sous verre. Des cadres du commerce existent à ce format, ce qui contient le coût d'encadrement.

  3. A3

    Dimensions297 x 420 mm

    Le format de référence de l'affiche illustrée et de la planche naturaliste. Assez grand pour porter du détail, assez sobre pour se poser sur une étagère ou se glisser dans un carton à dessin standard. C'est aussi le format maximal de la plupart des imprimantes de bureau et des duplicopieurs.

  4. A4

    Dimensions210 x 297 mm

    Le format documentaire par excellence, familier au point de devenir invisible. Une illustration en A4 se lit à bout de bras, dans un classeur ou sous un sous-verre léger. C'est le format d'essai le plus économique pour vérifier un rendu avant d'engager un grand tirage.

  5. A5

    Dimensions148 x 210 mm

    Le format du carnet de bureau et du livret. Il accueille une double page confortable, tient dans un sac sans se plier, et reste assez grand pour dessiner d'un geste ample du poignet. C'est le compromis le plus fréquent pour un carnet de croquis quotidien.

  6. A6

    Dimensions105 x 148 mm

    Le format de la carte postale et du carnet de poche. Il impose un cadrage serré et une hiérarchie immédiate : un sujet, un fond, rien de plus. Sa contrainte est aussi son intérêt pour qui travaille la composition, puisque rien n'y est superflu.

Dimensions en millimètres, format portrait, largeur puis hauteur. Les rectangles figurés respectent le rapport de largeur entre formats mais sont ramenés à une échelle de lecture, pas à une échelle réelle. Les tolérances de coupe d'un imprimeur à l'autre expliquent les écarts d'un ou deux millimètres relevés sur les tirages livrés.

Quatre procédés, quatre écritures de l'encre

Le nombre de carrés empilés sur chaque planche indique le nombre de passages nécessaires : c'est ce paramètre qui commande le coût, le calage et la marge d'erreur d'un tirage.

Risographie

Un duplicopieur à tambour dépose une encre à base végétale à travers un pochoir généré pour chaque couleur. Chaque teinte suppose un tambour et un passage distinct, et les couleurs se superposent en transparence plutôt qu'en trame classique. Le léger décalage entre deux passages fait partie du rendu attendu.

Support conseilléPapier non couché, 90 à 250 g/m²

Fini obtenuGrain visible, aplats vibrants, couleurs fluo possibles, léger dépôt d'encre qui peut marquer au frottement

Sérigraphie

L'encre est poussée à la raclette au travers d'un écran de soie tendu, ajouré par une émulsion insolée. Chaque couleur exige son écran, son calage et son temps de séchage. La couche déposée est nettement plus épaisse que dans tout autre procédé, ce qui donne des aplats denses et légèrement en relief.

Support conseilléPapier épais 250 à 350 g/m², textile, bois

Fini obtenuAplats opaques et saturés, encre sensible au toucher, dégradés difficiles, tirage limité par la manutention

Offset

Une plaque reporte l'image sur un blanchet de caoutchouc qui la transfère au papier. La quadrichromie décompose l'illustration en quatre encres superposées en trames fines. Le calage initial est long, ce qui rend le procédé cher en petite série et très économique dès plusieurs centaines d'exemplaires.

Support conseilléPapier couché ou non couché, 100 à 350 g/m²

Fini obtenuRestitution fidèle des nuances, trame invisible à l'oeil nu, surface régulière, idéal pour les tirages longs

Jet d'encre pigmentaire

Des têtes projettent des gouttes d'encres pigmentaires en un seul passage, sans plaque ni écran. Le fichier part directement à l'impression, ce qui autorise l'exemplaire unique et la correction immédiate. La qualité dépend d'abord du couple encre et papier, et du profil colorimétrique employé.

Support conseilléPapier beaux-arts 200 à 320 g/m², coton ou alpha-cellulose

Fini obtenuDégradés fins, noirs profonds, bonne stabilité des pigments à l'abri de la lumière directe, aucun relief d'encre

Les procédés décrits sont ceux couramment employés pour l'édition illustrée en petite et moyenne série. Les fourchettes de coût dépendent du tirage bien plus que du procédé : sous cinquante exemplaires, le calage pèse davantage que l'encre, au-delà de quelques centaines, le rapport s'inverse. Aucun atelier n'est cité ici, les repères valent pour la technique elle-même.

Quatre traditions du dessin imprimé

Les genres de l'illustration sur papier ont chacun leurs codes, hérités de fonctions anciennes qui expliquent encore aujourd'hui leur composition.

  1. 01

    La planche botanique

    Née d'un besoin scientifique de description, la planche botanique isole le sujet sur fond neutre et le représente sous plusieurs angles à la fois : port général, détail de la fleur ouverte, coupe, parfois graine. Le trait doit rester lisible sous la couleur, ce qui impose un dessin au contour fermé avant toute mise en teinte. Cette grammaire de la fin du dix-huitième et du dix-neuvième siècle reste employée telle quelle par les illustrateurs contemporains, parce qu'elle résout élégamment le problème de la surface plane face à un volume vivant.

  2. 02

    La carte illustrée de ville

    Elle abandonne l'exactitude cartographique au profit de la reconnaissance : les monuments sont surdimensionnés, les rues secondaires disparaissent, la géographie se plie à la composition. Sa réussite tient à un arbitrage constant entre ce qu'un habitant attend d'y trouver et ce qu'un visiteur saura identifier. Le relief, l'eau et les axes majeurs servent de structure, le reste s'organise autour comme un récit visuel plutôt que comme un relevé.

  3. 03

    Le carnet de voyage

    Dessiner sur le motif impose la contrainte du temps : la lumière tourne, le sujet bouge, le vent tourne les pages. Le carnet privilégie donc les outils qui pardonnent et sèchent vite, un cadrage décidé en quelques secondes, et l'acceptation du trait imparfait. La page mêle souvent croquis, notes manuscrites et taches de couleur posées de mémoire, ce qui en fait un document autant qu'une image.

  4. 04

    Le motif répété

    Un motif conçu pour se répéter oblige à penser le raccord avant le dessin : ce qui sort par la droite doit rentrer par la gauche, exactement. Cette contrainte géométrique, héritée du papier peint et de l'impression textile, produit des compositions où aucun élément ne peut être isolé de son voisinage. Imprimé sur papier, un motif change complètement de statut selon l'échelle retenue, un même dessin passant du papier cadeau à l'affiche par simple agrandissement.

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